Hôpitaux au Congo : pourquoi l’argent semble passer avant la santé du patient ?

« Les soignants ne pensent qu’à l’argent », « l’accueil est glacial », « la médecine congolaise va mal ». Ces reproches ont été entendus dans un micro-trottoir de la chaîne web Tsieleka Media. Ils traduisent le sentiment des Congolais vis-à-vis de leur système de santé, notamment la frustration d’être obligés de payer avant d’accéder à certains actes médicaux d’urgence. Derrière cette colère légitime des usagers, une question de fond s’impose : le personnel de santé est-il réellement responsable de cette situation, ou subit-il les failles d’un modèle structurel ?

La réalité du système : le coût matériel des soins

Contrairement à une idée reçue, le médecin aux urgences n’attend généralement pas le reçu de consultation pour examiner un patient en détresse : son acte intellectuel est rémunéré par l’État. En revanche, le blocage apparaît souvent lors des examens complémentaires (biologie, imagerie) et de la délivrance des traitements d’urgence à la pharmacie hospitalière. Dans le modèle hospitalier actuel, chaque produit utilisé (perfusion, seringue, réactif de laboratoire) doit être payé par le patient afin de permettre à l’hôpital de reconstituer ses stocks.

L’action sociale et la solidarité invisible des soignants

Lorsque les familles ne peuvent pas régler la facture, les services sociaux hospitaliers interviennent du mieux qu’ils peuvent. Parfois, ce sont les soignants qui s’organisent en cotisant sur leurs propres deniers pour acheter des médicaments indispensables à un indigent, ou lui faire des examens gratuitement avec ou sans l’accord de la direction. Ces actes de générosité sont ignorés. Il est plus commode de critiquer les agents de santé au Congo.

Vers une réforme indispensable : la couverture santé universelle

Blâmer individuellement les médecins et les infirmiers ne résoudra pas la crise des urgences. Le soignant ne fixe ni les tarifs ni les règles de gestion budgétaire. Tant que le financement de l’urgence reposera sur le paiement direct de la poche des ménages, la tension entre malades et soignants persistera. La véritable solution réside dans l’accélération d’une assurance maladie universelle et d’un financement public accru des plateaux techniques, seuls garants d’un accès équitable aux soins pour tous.

Euclide OKOLOU