Dans la majorité des hopitaux au Congo et en Afrique, le diagnostic de la tuberculose repose traditionnellement sur l’examen des crachats au microscope et sur l’amplification moléculaire automatisée (test PCR GeneXpert). Bien que performantes, ces méthodes conventionnelles peinent à identifier les formes paucibacillaires, où le nombre de microbes se situe sous les seuils de détection standard.
Le flair des rats géants africains (Cricetomys ansorgei) à la rescousse
Depuis plus de 15 ans, l’ONG belge APOPO entraîne des rats géants africains — surnommés HeroRATs — à reconnaître par l’odorat les composés organiques volatils émis par Mycobacterium tuberculosis, le germe de la tuberculose. Les résultats documentés en Tanzanie, au Mozambique et en Éthiopie démontrent l’efficacité de cette approche :
Rapidité opérationnelle : Un rat entraîné est capable de passer en revue des centaines d’échantillons en quelques minutes.
Détection accrue : Réévalués en laboratoire par culture et microscopie à fluorescence, les échantillons identifiés par les rongeurs après un premier résultat faussement négatif ont augmenté le taux de détection de près de 48 % (source : PLOS ONE / APOPO).
Avantage médico-économique : Le coût marginal d’analyse avoisine 1 $ US par échantillon avec un rat, contre 10 à 20 $ US pour une cartouche GeneXpert.
Pourquoi l’OMS reste prudente?
Malgré ces performances, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne reconnaît pas encore les HeroRATs comme un outil autonome universel. Les contraintes majeures reposent sur la standardisation du vivant : variabilité biologique interindividuelle des rats, gestion de la fatigue, durée de vie des animaux et complexité du déploiement à l’échelle industrielle mondiale.
Malgré cela, APOPO poursuit ses recherches vers d’autres matrices biologiques, comme entrainer ses rats à faire le diagnostic à partir de la sueur du patient, l’urine ou l’air expiré. Les données collectées inspirent également le développement de nez électroniques : des biocapteurs synthétiques conçus pour reproduire artificiellement la sensibilité olfactive exceptionnelle de ces rongeurs. Ce qui permettra d’atteindre la reproductibilité souhaitée par l’OMS.
Par Dr Euclide OKOLOU

