​« Ils se sentaient bien, pourtant leurs reins étaient déjà détruits » : les conclusions alarmantes d’un dépistage dans la Bouenza

Une enquête menée par le Dr Gaël Mahoungou dans la Bouenza révèle que près de 10 % des personnes dépistées souffrent d’une maladie rénale chronique.

À l’occasion des récentes Journées de cardiologie, une communication scientifique a particulièrement retenu l’attention des praticiens : celle du Dr Gaël Mahoungou, néphrologue au Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) de Brazzaville et enseignant universitaire. Elle portait sur une vaste campagne de dépistage menée dans le département de la Bouenza. Les données présentées dressent un constat épidémiologique alarmant sur la maladie rénale chronique (MRC) en milieu périurbain et rural au Congo.

10% de cas non diagnostiqués: le piège d’une maladie silencieuse

​Sur un échantillon significatif de 2 209 participants, les conclusions mettent en lumière la progression insidieuse d’une pathologie lourde, souvent diagnostiquée à un stade où les marges thérapeutiques s’avèrent réduites. 211 personnes ont été trouvées atteintes d’une maladie rénale chronique, soit près d’un participant sur dix, toutes totalement inconscientes de leur état avant ce dépistage.
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​70 % des personnes diagnostiquées étaient asymptomatiques au moment de l’évaluation, ne manifestant ni œdèmes, ni troubles mictionnels évidents, ni altération marquée de l’état général
​5 % des patients dépistés se trouvaient déjà au stade terminal, un chiffre particulièrement préoccupant car cela implique une prise en charge par hémodialyse ou traitement conservateur lourd. ​Cette proportion élevée de cas terminaux découverts fortuitement démontre le retard diagnostique critique auquel font face les populations éloignées des grands centres hospitaliers.

Au-delà du diabète de l’HTA: le danger des anti-inflammatoires et des potions traditionnelles

​​Si l’hypertension artérielle (HTA) et le diabète demeurent les principales étiologies vasculaires et métaboliques de l’insuffisance rénale au Congo, les investigateurs ont pointé du doigt un facteur aggravant direct : la toxicité rénale induite.
​L’automédication par anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) — consommés de manière répétée pour soulager diverses douleurs courantes — exerce un effet vasoconstricteur délétère sur l’hémodynamique glomérulaire. Associée à l’usage fréquent de décoctions et de tisanes traditionnelles aux dosages non standardisés et à la néphrotoxicité supposée. Cette pratique expose le parenchyme rénal à des lésions tubulo-interstitielles aiguës ou chroniques irréversibles.
​Le cumul de ces toxiques avec une hypertension artérielle méconnue ou mal équilibrée accélère brutalement le déclin de la fonction rénale.

Cap sur la Cuvette: vers une cartographie nationale de la santé rénale

​​Face aux enseignements de la Bouenza, l’équipe de recherche étend son protocole d’investigation. Un travail de dépistage similaire est actuellement en cours dans le département de la Cuvette.
​Cette nouvelle étape permettra de comparer les prévalences régionales, d’affiner l’analyse des habitudes de consommation locales et d’évaluer l’impact des comorbidités cardio-métaboliques sur l’ensemble du territoire national. Les résultats attendus fourniront aux autorités sanitaires des données probantes indispensables pour orienter les stratégies de prévention, renforcer l’accès aux examens de routine (créatininémie, bandelette urinaire) et structurer les filières de soins néphrologiques hors des grandes métropoles.

Dr Euclide OKOLOU